Une réussite telle que celle de Frédéric Mazzella et de BlaBlaCar n’est évidemment pas le fruit du hasard. Il l’admet lui-même : il lui a fallu appuyer sur des dizaines de boutons, coincer son pied dans des centaines de portes et entrer par des milliers de fenêtres pour faire grandir son idée.

Frédéric Mazzella

Un cerveau à la fois créatif et analytique

Frédéric Mazzella en est convaincu : l’une des raisons de son succès, ce sont ses deux cerveaux : « il faut utiliser la partie créative et la partie analytique de notre cerveau pour construire, par rapport aux opportunités, une vision et une conviction qui soient à la fois émotionnelles et rationnelles ».
Une dualité qu’il attribue à son passé musicien – piano et violon au Conservatoire de Paris – pour la créativité, et à sa passion des mathématiques pour le côté analytique.
Mais trier ses idées n’est pas tout. Il faut ensuite se projeter dans leur réalisation, ce qui exige une bonne dose de travail, de persévérance, et surtout une capacité certaine, au-delà de ce travail personnel, à mobiliser et à faire rêver les gens qui vont travailler avec lui. Parce qu’une aventure telle que BlaBlaCar ne se construit pas seul.


Apprendre pour entreprendre

L’autre caractéristique qu’il reconnaît nécessaire, c’est la volonté d’apprendre, une volonté qui lui a permis d’intégrer très vite tous les éléments indispensables à la mise en œuvre de ses projets. Un état d’esprit qui propulse d’ailleurs encore aujourd’hui BlaBlaCar, à travers ces deux principes : « échouer-apprendre-réussir » et « partagez plus, apprenez plus ». De fait, Frédéric Mazzella adore apprendre, et « cela tombe bien, puisque dans l’entrepreneuriat, il ne faut vraiment avoir peur d’aucune matière ». C’est ainsi qu’il intègre le produit, la comptabilité, le marketing, le service après-vente… autant de domaines qu’il ne connaissait pas avant de se lancer, mais qu’il devait impérativement maîtriser en tant qu’entrepreneur.

Economie collaborative ou économie de plateforme ?

Mais ce qu’il préfère dans le quotidien de l’entrepreneur, c’est imaginer des solutions collaboratives, et y faire adhérer tout le monde. Quand on travaille ensemble, qu’y a-t-il en effet de plus satisfaisant pour chacun que de se sentir quelque part propriétaire d’une réussite collective ?
Le mot est lâché, mais attention, déception : Frédéric Mazzella ne se risquera pas à donner une définition de ce qu’est l’économie collaborative, « parce que le terme n’est pas bien défini aujourd’hui car beaucoup utilisé, et il n’est pas forcément employé à bon escient non plus ». Plutôt que d’« économie collaborative », il préfère parler de « plateformisation » qui, pour lui, constitue le phénomène réellement novateur : la création d’un lieu virtuel où l’offre – bien réelle – rencontre la demande – non moins tangible – à coup sûr, grâce à une gestion de base de données performante et un moteur de recherche pertinent.

La possession de maisons et voitures, moteur du collaboratif

A fond dans la création de service au profit du particulier citoyen, le bouillonnant créateur de BlaBlaCar remarque que les entreprises se révèlent en fin de compte plus lente sur les sujets collaboratifs que les consommateurs. C’est la possession de biens chers au niveau individuel comme les maisons ou les voitures qui a poussé les particuliers à revoir leur consommation de ces biens, et à les partager. Ainsi les nouveaux services comme Airbnb, Drivy ou BlaBlaCar reposent sur le partage de l’usage de ces biens, et poussent de nouveaux modes de consommation, basés sur le partage.
Aussi, le collaboratif n’est qu’une des facettes possibles de la plateformisation, qui touche également aujourd’hui des acteurs économiques tels que les paysagistes, la restauration, les transports ou la formation. Aujourd’hui, il y a même de nouvelles opportunités qui naissent en partageant les ressources des entreprises via ce même genre de plateformes, comme par exemple la sous-location d’espaces non occupés dans les entreprises.

Et l’entreprise libérée dans tout ça ?

Par contre, pour lui c’est très clair : l’entreprise libérée, c’est d’abord celle qui emporte l’adhésion de tous – fournisseurs, clients, collaborateurs, partenaires, alliés, etc. Pour y parvenir, elle doit se donner une mission positive, et l’afficher clairement.

Dans le cas de BlaBlaCar, la mission est évidente depuis sa création, puisque l’objectif premier est de diminuer les émissions de gaz à effet de serre en remplissant les places vides des voitures particulières : une mission collective colossale qui fédère toutes les énergies.
La bonne mission, c’est aussi celle qui capitalise sur les valeurs de travail, de respect, d’apprentissage, et peut-être surtout, d’autonomie des collaborateurs, « parce que l’autonomie entraîne la responsabilisation ».

L’entreprise peut rendre le monde meilleur

Au final, Frédéric Mazzella peut affirmer qu’une entreprise comme BlaBlaCar rend le monde meilleur. C’est vrai du point de vue environnemental, chiffres à l’appui : le taux d’occupation des voitures particulières étant passé de 1,9 à 3,9, ce sont chaque années 1,6 millions de tonnes de CO2 en moins dans l’atmosphère. C’est vrai également du point de vue de la sécurité routière, parce que ne pas être seul dans la voiture, c’est d’abord être plus attentif au Code de la route (« sinon ils ont une sale note au bout »), ensuite pour diminuer le risque d’endormissement, qui constitue l’une des principales causes d’accident. C’est enfin vrai du point de vue social : 21% des adhérents de BlaBlaCar déclarent avoir dit à leur covoitureur quelque chose qu’ils n’ont jamais dite à personne d’autre, ce qui témoigne du caractère profond de l’échange social que le covoiturage génère !

Travailleur surtout, créatif beaucoup, préférant la stratégie à la tactique, , et finalement plus « leader » que « manager », Frédéric Mazzella avoue se sentir plus « entrepreneur » que « patron », et préfère insuffler une direction ou créer de nouveaux usages que de gérer le quotidien au millimètre. Visionnaire, il démontre avec brio qu’un bon chef d’entreprise ne s’arcboute pas sur un choix si ce dernier ne peut emporter son équipe avec lui, et sait avant tout comment construire des solutions viables pour tout le monde.